Nicole Bricq : « Nos efforts doivent porter sur les PME innovantes »

Nicole-Bricq

 

Quartier d’Affaires : Mme La Ministre, pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de votre parcours politique ?

Nicole Bricq : J’ai été élue Conseillère régionale d’Ile-de-France en 1986. En 1992 et 1993, j’ai travaillé avec Ségolène Royal, qui était alors Ministre de l’Environnement. En 1997, j’ai été élue députée de Seine-et-Marne. Je suis devenue Sénatrice de ce département en 2004. Réélue en 2011, je suis devenue rapporteur du budget. La suite, vous la connaissez, le Président de la République et Jean-Marc Ayrault m’ont fait l’honneur de me nommer au Gouvernement. C’est un bref résumé qui montre, je pense, que ma vie a toujours été placée sous le signe de l’engagement politique.

Quelle est la situation actuelle du commerce extérieur en France ?

Le commerce extérieur est un signe de la santé de notre économie et celle-ci va mal. Notre déficit a atteint, en 2011, 73 milliards d’euros, c’est abyssal. C’est le fruit, je le crois, de dix années de laisser aller et de laisser faire.

Le Premier Ministre m’a assigné un objectif : revenir en cinq ans à l’équilibre hors énergie. Je crois que nous pouvons y parvenir. Encore faut-il traiter la chaine de l’export dans son ensemble, depuis le repérage et l’identification de l’entreprise potentiellement exportatrice dans nos territoires, jusqu’à l’instauration d’un courant d’affaires durable à l’étranger.

Voilà pourquoi j’ai pris la décision de faire porter nos efforts sur les PME innovantes et les Entreprises de Taille Intermédiaire.

Evidemment, les grands groupes jouent un rôle important, je ne le minimise pas. Mais ils sont bien organisés et sont très internationalisés. Nous l’oublions, mais nos grandes entreprises sont souvent des fleurons mondiaux.

Comment doivent se construire, selon vous, les échanges commerciaux entre les États membres de l’Union européenne et les entreprises européennes ?

Dans le cadre d’un marché européen ouvert et d’une concurrence non faussée entre entreprises. L’Union Européenne est sans doute la zone géographique où l’intégration économique est allée le plus loin et, à part quelques scories ici ou là, nos entreprises peuvent prétendre partout s’implanter et  réussir, sans barrières. Pour moi, l’Union Européenne, où nous sommes en recul et qui représente plus de 60% de nos exportations est une priorité.

Quelles sont les discussions en cours en termes de réciprocité dans l’accès aux marchés publics et d’accords de libre échange ?

Je fais à l’heure actuelle le tour des capitales européennes pour trouver des alliés dela réciprocité. La Commission prépare un règlement sur la réciprocité dans l’accès aux marchés publics qui est essentiel car il nous permettra de jouer à armes égales avec nos concurrents. Les pays tiers doivent comprendre que l’Europe est un marché porteur pour leurs entreprises dès lors qu’eux-mêmes sont prêts à accueillir nos entreprises et nos produits.

Comment sont perçues les entreprises françaises à l’international ? Quels sont les secteurs d’activité en développement ?

L’image de la France est bonne, nos produits sont perçus comme de qualité. Nous devons mettre en avant cette marque France qui, dans bien des pays, signifie l’accès à des produits de consommation de qualité, et, au-delà, à un art de vivre. Il existe de forts besoins en matière d’agroalimentaire, de santé, d’équipements liés à la ville durable ( transports collectifs, assainissement…)…autant de secteurs dans lesquels nos entreprises sont performantes et ont des marchés à conquérir.

Quels sont et quels vont être les partenaires économiques stratégiques de la France ? De l’Union Européenne ?

Nos premiers partenaires, mais ce sont aussi nos concurrents, ce sont les pays de l’Union Européenne. Les pays d’Asie du Sud-Est vont, pour nous, être un véritable enjeu. Je rentre d’ailleurs des Philippines et de Singapour avec le Premier ministre. La Colombie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud sont également en croissance. Et puis, je crois beaucoup au potentiel que représentent les pays africains. Je serai prochainement au Kenya pour bâtir des relations économiques partenariales. Avec les pays du Maghreb, nous pouvons créer un espace de compétitivité partagée et de co-localisation. Il faut construire cette Méditerranée des projets défendue par François Hollande.

Quels sont vos objectifs ministériels dans les mois à venir ?

Je souhaite conduire la réforme que j’ai annoncée et mettre en œuvre ma stratégie, qui tient en cinq points : faire des régions les pilotes de l’export, réformer les financements et les garanties d’Etat, définir des couples pays/produits et donc des priorités d’action,  implanter durablement les PME et les ETI à l’export, et j’ai d’ailleurs demandé à Ubifrance de proposer aux entreprises des plans d’accompagnement triennaux, et enfin, conduire une action de diplomatie économique pour promouvoir la réciprocité dans les échanges commerciaux.

Quelles sont les mécanismes d’aides aux PME innovantes qui dépendent de votre ministère ?

La future banque publique d’investissement (BPI) et son volet export vont permettre d’apporter des financements aux PME innovantes en proposant l’ensemble des soutiens financiers actuellement distribués par Oséo et par la COFACE compte Etat. Elle assurera également un rôle de conseil auprès des entreprises qui souhaitent exporter. Je souhaite que la BPI soit dotée, dès sa création, de « développeurs à l’international » issus des effectifs d’UBIFRANCE en régions, afin d’accompagner les entreprises dans leurs démarches.

Le commerce extérieur est un élément stratégique dans la politique de l’État. A l’université d’été du MEDEF vous évoquiez un certain nombre de solutions pour que nos entreprises réussissent à l’export. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En matière de financements export, nous devons être plus compétitifs et je ferai des propositions dans le cadre de la loi de finances rectificative. Il faut également mieux repérer sur le territoire les entreprises susceptibles d’exporter. Les Présidents de Région ont à ce titre accepté de se doter de Plans Régionaux d’Internationalisation des Entreprises d’ici à mars 2013 et de porter à l’export 10 000 nouvelles entreprises en trois ans. Enfin, j’ai demandé à UBIFRANCE d’accompagner les entreprises dans la durée. Sur10 entreprises qui exportent pour la 1ère fois, il n’en reste plus que 7 l’année d’après. L’agence va proposer un suivi personnalisé sur 3 ans à 800 ETI stratégiques.

 

Propos recueillis par la rédaction