Jean-François Roubaud : La CGPME consacre son action à la promotion des PME

ROUBAUD-site

 

Jean-François Roubaud, Président national de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) nous parle de son engagement au service des entreprises et nous livre son analyse sur les mesures à prendre.

Quartier d’Affaires Avignon/Vaucluse : Monsieur Roubaud, vous êtes le Président national de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME), pouvez-vous revenir sur votre itinéraire personnel et professionnel ?

Jean-François Roubaud : Mon parcours personnel et professionnel est étroitement lié au monde de l’entreprise. Elevé dans un milieu d’entrepreneurs, j’ai souhaité suivre le chemin tracé par mes grands-parents et mes parents qui dirigeaient des entreprises dans le secteur du chauffage et de la climatisation.

Gagné par le goût de l’engagement au service des autres après 15 années de scoutisme, j’ai voulu mettre ces valeurs, qui étaient aussi celles de ma famille, au cœur de ma vie d’homme. L’effort, le partage, le travail, l’investissement de soi et la rigueur sont des valeurs et des principes que j’ai tenu à appliquer chaque jour dans ma vie privée comme professionnelle, à l’image de la tradition familiale.

Mon BTS génie climatique et mon diplôme de l’Institut français de contrôle et de gestion m’ont aidé à diriger les nombreuses entreprises à la tête desquelles j’ai souhaité investir. Mais au-delà de ces compétences, ce sont toujours les valeurs humaines qui m’ont guidé jusqu’ici. Aujourd’hui, je reste proche de mon entreprise, dont j’ai laissé la direction à mon frère, pour que mon mandat à la présidence de la CGPME soit toujours en lien très étroit avec le terrain.

QA : Quels sont les principales mesures portées et défendues aujourd’hui par la CGPME?

JFR : La CGPME consacre son action à la promotion des petites et moyennes entreprises et à la défense de leurs intérêts. Plus de 90% des entreprises françaises sont des PME, c’est dire leur importance dans le tissu économique et social de notre pays. C’est pourquoi, les mesures que nous portons sont fondées sur un principe fort : favoriser le développement de nos entreprises en France comme à l’étranger.

Les propositions de la CGPME sont concrètes et pragmatiques. Elles ne sont ni catégorielles ni sectorielles mais rejoignent toutes notre souci de servir un intérêt général partagé.

Lors des dernières élections présidentielles, la Confédération a présenté 40 propositions aux candidats en lice. Si je ne devais en retenir que trois, j’évoquerai tout d’abord la nécessité d’inscrire dans la Constitution française le principe de non rétroactivité des lois et de la réglementation. Je m’explique ; il n’est pas rare que les pouvoirs publics ou le législateur décident de dispositions contestant a posteriori des décisions pourtant juridiquement entérinées. Le cas s’est tout récemment présenté  lors du débat sur la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires. Le gouvernement souhaitait appliquer cette mesure de façon rétroactive, ce contre quoi nous nous sommes opposés. Il est finalement revenu à de meilleures dispositions. Nous ne pouvons accepter une telle instabilité des textes. Il en va de la sécurité juridique de nos entreprises. Pour nos patrons, c’est aussi une affaire de confiance !

Stopper l’inflation de la législation, et la simplifier, est aussi une demande forte de la CGPME, à l’égard des TPE-PME.

Autre proposition : l’allégement du coût du travail est, à nos yeux, un levier important pour améliorer la compétitivité de nos entreprises. Dans une économie mondialisée le dumping social pèse lourdement sur le business de nos entreprises en France mais également sur nos échanges commerciaux européens et mondiaux. Nous pensons qu’il faut agir sur le coût du travail pour redonner un peu de souffle à nos PME et rééquilibrer une concurrence étrangère aujourd’hui imbattable en termes de charges.

Enfin, en matière fiscale, la CGPME milite pour la progressivité de l’impôt sur les sociétés. Le taux d’IS atteint 30% en moyenne dans les entreprises de moins de 10 salariés alors qu’il ne dépasse pas les 8% dans les entreprises de plus de 2000 personnes. Il n’est pas normal que les grands groupes paient moins d’IS que les TPEPME. Nous demandons l’application d’un régime identique à toutes les entreprises par le biais d’un barème de fixation des taux par tranche de chiffres d’affaires. L’économie française doit s’accompagner de davantage d’équité et de pragmatisme, surtout en ces périodes de crise. Nous espérons être suivis par le gouvernement sur ce point.

QA : De quels mécanismes d’influence dispose la CGPME pour faire valoir ses recommandations ?

JFR : Nous travaillons en relation très étroite avec tous ceux qui ont un pouvoir décisionnel en France mais aussi au niveau communautaire. Partenaire social, la CGPME intervient sur toutes les négociations interprofessionnelles nationales. Mais nous sommes également en lien avec les pouvoirs publics ; le gouvernement, les parlements français et européen, pour faire avancer nos idées et nos propositions.

QA : Le monde politique perçoit-il suffisamment l’importance de l’entreprise dans son rôle de vecteur de redistribution sociale ? A-t-il une connaissance suffisante du monde de l’entreprise ? Quelles solutions ?

JFR : Que l’entreprise ait un rôle social, en plus du rôle économique qu’elle joue, c’est naturel. Nous avons un rôle d’intégration, nous finançons la formation de nos salariés, nous participons, je l’espère, à leur développement professionnel et personnel, nous finançons une partie de leur logement avec le 1% patronal, etc. Le monde politique l’a bien perçu, mais aujourd’hui il puise sur ces ressources-là pour abonder le budget de l’État. C’est là que nous ne sommes pas d’accord. On nous demande de faire des efforts pour participer activement à la vie de nos salariés dans l’entreprise, ce qui est bien normal mais ce qui l’est moins c’est que les pouvoirs publics fassent main basse sur ces fonds et les affectent au budget de l’État. Il y a là une dérive au détriment des entreprises et de leurs salariés, que nous dénonçons.

QA : Le 1er Juin 2012 s’est tenu le grand prix Médicis des micro-entreprises – organisé par le Salon des micro-entreprises – qui récompense le dirigeant d’une entreprise de moins de 50 salariés qui répond le mieux à la question : « Que feriez-vous avec 7500€ pour développer votre activité ? » Ce type d’initiatives doit-il être encouragé comme une stratégie globale de promotion de l’esprit d’entreprise dans notre société ?

JFR : Je crois qu’il est toujours important de valoriser les entrepreneurs engagés, innovants et exemplaires. Ce type de Prix a l’avantage de faire émerger des initiatives et des bonnes pratiques qui peuvent servir d’exemple. Tout cela est très encourageant non seulement pour le chef d’entreprise récompensé mais aussi pour tous ceux qui veulent faire plus et mieux. Lors de la dernière édition de Planète-PME, en juin, nous avons lancé pour la première fois la Coupe de France des entrepreneurs.

Au-delà du moment convivial, nous avons mis à l’honneur des chefs d’entreprise passionnés et inventifs qui nous ont présenté des projets innovants. Il n’y pas, à mon avis, de meilleure promotion de l’esprit d’entreprendre !

QA : La crise financière puis la crise économique semble révéler l’industrie comme représentant l’économie réelle, l’économie des territoires, celle au service des Hommes et de l’emploi face à l’économie de la finance et de la spéculation. Quelles solutions pour initier un mouvement de réindustrialisation dans notre pays ? Quel doit-être le rôle de l’État ? De la commission européenne ?

JFR : La perte de compétitivité de la France depuis 10 ans s’est accompagnée d’une désindustrialisation. Depuis 2000 le poids de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB est passé de 19,2% à 15,5%. Il faut donc agir pour favoriser la réindustrialisation de la France.

Pour cela, il faut miser sur le développement de l’innovation (matériel ou immatériel), favoriser le financement et l’investissement de nos entreprises, saisir les opportunités d’une économie plus verte et tournée vers le développement durable, rééquilibrer la sous-traitance et tendre vers la co-traitance, développer les politiques d’incitation plutôt que de sanctions, etc. Les solutions sont multiples.

Les chantiers identifiés lors de la table ronde « réunir les conditions du redressement productif » de la grande conférence sociale sont intéressants et nous comptons notamment sur les travaux de la CNI et la mission de Louis Gallois sur la compétitivité de l’industrie pour que le gouvernement actuel nous présente une feuille de route sur laquelle travailler.

L’industrie a été et doit redevenir la clé de voute de l’économie française mais n’oublions pas des secteurs d’activités comme les services et le commerce. Il reste là aussi beaucoup à faire pour accompagner nos petites et moyennes entreprises.

QA : Notre Journal compte une édition Lyonnaise et une édition Avignonnaise. Pouvez-vous nous parler des spécificités de ces deux zones économiques du point de vue des petites et moyennes entreprises ?

JFR : Les petites et moyennes entreprises constituent en France le cœur de notre économie. Elles sont près de 3 000 000 dans nos départements et nos régions à créer de la richesse et de l’emploi. Nos CGPME territoriales, comme la CGPME 69 et la CGPME 84, sont au service des patrons de TPE-PME quelles que soient leurs spécificités. Qu’elles soient installées à Lyon ou en Avignon, nos TPE-PME sont aujourd’hui confrontées aux difficultés de financement et d’accès au crédit, à la faiblesse de leurs carnets de commande, à la hausse des coûts et des prix des fournisseurs, etc. Mais à Lyon comme en Avignon, nos PME restent mobilisées et combatives pour se développer et gagner de nouveaux marchés. Nos CGPME territoriales sont là pour les accompagner et faire entendre leurs voix.

QA : Un dernier mot ?

JFR : Les petites et moyennes entreprises savent qu’elles peuvent compter sur la CGPME pour les défendre et les promouvoir. En ces périodes difficiles, nous sommes à leurs côtés pour les aider et trouver, avec elles, les opportunités de développement et les solutions concrètes à mettre en œuvre. Notre force, ce sont les 650 000 petites et moyennes entreprises que nous représentons à travers nos 200 branches professionnelles et syndicats de métiers et nos 125 unions territoriales.

Propos recueillis par la rédaction