David Kimelfeld : Cadre de vie attractif et compétitivité sont liés

KIMELFELD-PHOTO-PNG-web

Vice-président du Grand Lyon en charge du développement économique, David Kimelfeld connait bien le monde de l’entreprise. Son parcours politique et personnel l’a mené à se rapprocher des questions environnementales et sociales en général. Ses réponses soulignent quelles sont les préoccupations des élus de la communauté urbaine et aussi les perspectives d’avenir. Implantation de nouvelles forces économiques, augmentation des zones d’activités, niveau des investissements, rapports transfrontaliers, attractivité des territoires… Panorama des enjeux actuels.

Quartier d’Affaires Lyon/Rhône-Alpes : Vous êtes vice-président de la communauté urbaine de Lyon en charge du développement économique et maire du 4ème arrondissement de Lyon. Pouvez-vous expliquer votre parcours biographique et nous dire quelles sont les autres responsabilités qui vous tiennent à cœur ?

David Kimelfeld : Je suis avant tout un lyonnais passionné par mon territoire. Ma formation de base est paramédicale. Très vite, je me suis spécialisé et, aujourd’hui, je suis chef d’entreprise dans le secteur maritime et aérien.

Mais je souhaitais de tout cœur m’investir pour ma communauté politique : c’est le sens de mon engagement comme vice-président du Grand Lyon en charge du développement économique (pôles de compétitivité, politique entrepreneuriale, immobilier et foncier d’entreprises).

D’un point de vue plus local, directement dans la ville de Lyon, j’ai été 1er adjoint au Maire du 4ème arrondissement de Lyon, en charge du commerce et de l’artisanat, du tourisme et du pôle muséal (depuis 2001) et je suis devenu maire de cet arrondissement en 2011.

QA : Quelle est la situation économique de l’agglomération lyonnaise par rapport aux autres grandes métropoles françaises ?

David Kimelfeld : La région Rhône-Alpes est la deuxième région industrielle de France. Et nous pouvons dire que l’économie Grand Lyonnaise présente de nombreux fondamentaux économiques qui font sa force, ainsi que de nombreux pôles de compétitivité particulièrement dynamiques comme Lyon Biopôle par exemple.

Comme toutes les collectivités locales, nous sommes touchés par la crise mais nous sommes moins impactés (en proportion). Nos résultats économiques, pour 2011, sont donc satisfaisants.  A ce titre, un bon indicateur de la confiance des investisseurs est le niveau d’investissement dans l’immobilier d’entreprise : il s’est redressé avec 667 millions investis et de bonnes prévisions pour 2012. Et l’année 2011 est notre deuxième meilleure année depuis 10 ans !

Dans d’autres domaines, voici quelques données qui confirment la capacité de l’agglomération lyonnaise à sécuriser les investisseurs pour ses nombreux atouts :

– Avec une hausse de 18,3 % de la demande placée, soit l’équivalent de 260 000 m2 de bureaux, Lyon est passé devant les grandes métropoles européennes comme Barcelone (215 000 m2) ou Amsterdam (185 000 m2).

– De 462 en 2010, le nombre de transactions est passé à 482 en 2011. Ce chiffre relativement stable masque de grands mouvements qui expliquent la croissance de la demande.

Par ailleurs, nous avons aussi créé des outils pour encourager et faciliter l’implantation des entreprises, notamment avec l’ADERLY (Agence de Développement Economique de la Région Lyonnaise). Les résultats sont prometteurs : 60 implantations en 2010 et 65 en 2011. Ainsi, le chômage sur le territoire du Grand Lyon est inférieur de 1,5 points en dessous des chiffres nationaux (différentiel constant) et s’établit à 8,7% au troisième trimestre 2011 (avec toujours 16% d’emplois industriels).

Nous avons bien sûr à déplorer quelques fermetures d’entreprises comme Lejaby même si un tiers des emplois ont été repris..

QA : Lyon est le poumon économique du Rhône. Au-delà, existe-t-il des politiques transfrontalières en direction de l’Italie par exemple ou en rapport avec d’autres agglomérations voisines ?

David Kimelfeld : Nous travaillons activement à la réalisation de la liaison Lyon-Turin à l’horizon 2023. Plusieurs partenariats de formation sont encours comme en atteste la coopération entre l’École normale supérieure de Lyon (ENS) et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Les enseignements de l’ENS de Lyon sont orientés vers les sciences fondamentales, tandis que ceux de l’EPFL sont plus tournés vers les sciences appliquées et conduisent à un diplôme d’ingénieur reconnu par la commission française des titres d’ingénieurs. Un accord facilite ainsi la mobilité des étudiants entre les deux Écoles, notamment pour les formations complémentaires dans les domaines d’excellence de chaque établissement.

QA : Quelles sont vos priorités en matière économique, à court et moyen terme ?

David Kimelfeld : Nos priorités sont l’innovation et la création d’entreprise par le financement des projets de recherche et développement et l’accompagnement des nouvelles entreprises.

Le premier axe de travail concerne le développement des pôles de compétitivité par le financement des pôles et le cofinancement des projets de recherche et développement.

Aujourd’hui, il existe cinq pôles de compétitivité : Lyon biopôle, Axelera, Techtera, Imaginove, et Lyon Urban Trucks and Bus. Par ailleurs, le Grand Lyon soutient les grands projets comme la candidature de Lyon biopôle pour la création d’un Institut de Recherche Technologique (IRT) en infectiologie. Enfin, le Grand Lyon développe l’offre foncière et l’immobilier d’entreprise avec par exemple le développement de la zone industrielle de Méyzieu. Le Grand Lyon a lancé un vaste projet d’extension avec la création du Parc industriel des Gaulnes : ce nouvel espace économique, inauguré en mars 2009, permet d’augmenter la superficie d’implantation de 113 hectares et intègre la création de nouvelles voiries et de modes de déplacements doux, le respect de normes environnementales pour les nouvelles constructions et la réalisation d’espaces paysagers agréables. Avec cette extension, la zone industrielle de Meyzieu-Jonage est devenu l’un des pôles économiques les plus importants de l’agglomération lyonnaise !

QA : Le Grand Lyon a mis en œuvre une gouvernance économique originale. Pouvez-nous en dire plus ?

David Kimelfeld : En matière de développement économique, le Grand Lyon dispose d’outils financiers, de réserves foncières et des compétences. Mais nous avons fais un choix stratégique : ne pas faire les choses seul. Nous avons voulu regrouper les forces économiques pour transcender les clivages politiques en trouvant un consensus. Cela se manifeste par le dispositif « Grand Lyon, l’esprit d’entreprise » composé par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon, la Chambres des métiers et de l’artisanat du Rhône, la communauté urbaine du Grand Lyon, le MEDEF Lyon-Rhône,  la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises du Rhône et l’Université de Lyon. Il en résulte cinq importants pôles de compétitivité forts, dont un de niveau mondial.

QA : Vous avez beaucoup contribué à développer une technologie respectueuse de la nature par le biais de l’utilisation privilégiée des « cleantech ». Quels vont être les liens entre cleantech, économie et transports dans les années à venir à l’échelle de l’agglomération ?

David Kimelfeld : Le Grand Lyon considère que l’attractivité d’un territoire passe aussi par l’attractivité de son environnement. Nous pensons que proposer un cadre de vie attractif doit être un enjeu central pour notre compétitivité territoriale. Le pôle Accelera travaille sur le développement d’une chimie verte et les processus de fabrication de demain. Nos grandes rénovations urbaines permettent de tester des applications « in situ ». C’est une autre de nos particularités qui s’exprime à travers les Cleantech : concentrer sur le même territoire la recherche et le développement, l’expérimentation et l’essai ; puis la production.

Cela va dans le sens du maintien et de l’intensification de l’activité industrielle. Dans ce dispositif, le développement des transports propres sera un enjeu crucial.

Propos recueillis par la rédaction