Entretien avec Denis Payre : « Nous incarnons l’alternative à l’UMPS »

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Fondateur de « Nous Citoyens » en réponse au célèbre « Moi Président « , Denis Payre qui a passé le flambeau à Jean-Marie Cavada, veut construire un projet de société attractif et mener des réformes structurelles dont la France a besoin car selon lui le pays est à bout de souffle et au bord de l’implosion sociale…

Vous aviez créé votre parti « Nous Citoyens ». Quels sont les  objectifs  que vous poursuiviez  et était-ce aussi vital pour la vie politique?

Nous entendons être un parti politique à part entière, sans ambiguïté qui va d’ailleurs labelliser des  citoyens-candidats et quelques dizaines de listes lors des prochaines élections municipales. Nous présenterons une liste aux Européennes et nous serons présent pour la Présidentielle de 2017, sauf dans le cas où des partis reprendraient nos propositions citoyennes et accepteraient le renouvellement de leurs dirigeants. Ce qu’il faut préciser c’est que nous ne nous inscrivons pas dans une logique de carrière personnelle. La genèse de cet engagement est une démarche citoyenne, qui se base sur une expérience personnelle.

 Je constate que nous sommes face à des dirigeants, sans courage politique, avec des élus qui se moquent souvent de l’intérêt général et qui ne pensent qu’à leur réélection. « Nous Citoyens » souhaitons mobiliser le plus grand nombre de français et répondre aux aspirations de toutes celles et tous ceux qui se sentent orphelins en politique. Le ral’bol est grandissant et le système est à bout de souffle. L’Etat est totalement envahissant. Il considère que chaque problème doit être résolu par une loi ou par un impôt supplémentaire Il est temps de mener rapidement les nombreuses réformes structurelles dont le pays a besoin et construire un projet de société attractif,  tirant partie des formidables atouts de notre pays.

La poussée du Front National a été déterminante dans ce choix alors que Marine Le Pen entend incarner ce changement ?

Ceci démontre que les français cherchent une réponse à leur inquiétude quotidienne. Cette montée du FN nous inquiète et nous préoccupe. Le seul point d’accord avec Marine Le Pen porte sur le constat de  l’inefficacité des partis de gouvernement. Sur tout le reste nous sommes en total désaccord. Le FN ne fait que désigner des boucs-émissaires. Or, les responsabilités sont plutôt à chercher du côté de ceux qui nous dirigent ou nous ont dirigé et qui ont la responsabilité de cette faillite. L’ UMPS est entièrement responsable du climat actuel.

« Notre souveraineté est entre les mains des traders »

A vos yeux, tous les politiques qui ont gouverné  sont  à l’origine des difficultés de la France ?

Je ne prendrai qu’un exemple, celui de François Fillon. Il est tombé en politique quant il était petit ! Sa tactique a toujours consisté à minimiser la prise de risque. Son obsession a été en permanence sa réélection, car il ne sait faire que cela. C’est « Monsieur 400 milliards » de dettes supplémentaires grâce à la politique peu courageuse qu’il a menée. Et beaucoup de ces hommes politiques qui n’ont jamais connu le monde de l’entreprise ont préféré la solution de l’endettement de la France à celle des réformes courageuses. Avant de redonner les clés de la maison à Fillon, il faudra s’interroger sérieusement sur ses capacités à diriger un pays. Même Sarkozy n’a tenté que des micro-réformes tout au long de son quinquennat.

Votre mouvement pourra-t-il se différencier des autres partis  avec l’arrivée de Jean-Marie Cavada à la tête du mouvement et alors qu’il a quitté l’ UDI?

Notre logique est différente de tous les partis qui n’ont jamais réussi à incarner le renouveau. Nous allons proposer des mesures très concrètes pour que ce pays avance. Nous travaillons actuellement sur neuf thèmes qui vont de l’éducation nationale à la lutte contre la précarité, en passant par l’emploi, ou encore le droit du travail. Il est temps de s’appuyer sur la société civile et nous entendons parler des vrais sujets de préoccupation des français.

Nous nous positionnons avant tout comme des gens de bon sens avec des valeurs. Nous sommes des républicains qui n’aimons pas les extrêmes, que ce soit le FN ou le Front de Gauche. Nous sommes des humanistes profondément européens. Nos valeurs sont celles de la solidarité qui vise avant tout à la réinsertion dans la société.  Il faut se débarrasser des régimes spéciaux de retraite qui créent des inégalités entre français et ne favorisent pas cette solidarité. Il faut aussi plus de responsabilité et cela commence par un environnement créateur de richesses qui permettra ensuite de créer cette solidarité, et non pas à crédit comme c’est le cas aujourd’hui. Il faut pour cela un environnement extrêmement prospère. Or, notre souveraineté est entre les mains des traders, car nous ne faisons qu’emprunter pour payer les intérêts de notre dette. Il faut viser à cinq ans l’équilibre du budget de la France. Et cela ne passe pas  par cette chasse aux riches qui restera une imbécilité historique du quinquennat Hollande. La seule certitude est qu’il y a chaque jour plus de pauvres dans ce pays.

Les politiques ne connaissent pas le monde de l’entreprise, ils ne pensent qu’à leur réélection

Votre mouvement veut  apporter du bon sens au débat politique ?

Nous arriverons pour les prochaines échéances avec un projet clair, de bons sens, en espérant de vrais débats sur les vrais sujets. Il faudra aussi proposer des réformes ambitieuses pour reconnaître les talents des uns et des autres, y compris des cinq millions de  fonctionnaires. Je souhaite que nous proposions un vrai projet citoyen et des réformes courageuses. Quelque soit le chemin, c’est l’avenir de ce pays qui compte et non pas la carrière politique des uns et des autres.

C’est très difficile de  lutter contre les blocages de la société française ?

Il y a des forces conservatrices mais que j’estime potentiellement minoritaires dans ce pays. Les français pensent qu’il faut faire des sacrifices sur un certain nombre de sujets. En politique, je considère que tout passe  d’abord par un diagnostic assumé,  puis de la pédagogie pour ensuite proposer des réformes et se présenter aux élections. Nous sommes des révolutionnaires pacifiques pour  lutter contre tous ces blocages.  La France est sur le point de détenir le record des pays développés en matière de dépenses publiques, provoquant d’importants gaspillages dénoncés régulièrement par la Cour des Comptes.

Les hommes politiques doivent selon vous redécouvrir les bienfaits du monde de l’entreprise ?

Oui, c’est une évidence. les dirigeants politiques ne connaissent pas l’entreprise. Souvent fonctionnaires en activité ou politique de carrière, ils ne connaissent que le mode de fonctionnement de l’administration française, ultra centralisée et souvent archaïque dans son fonctionnement. Mon expérience est un exemple de cette méconnaissance.

Photo Denis Payre BD

C’est à cause de cela que vous avez choisi de quitter la France pour ensuite décider d’y revenir ? Quelle leçon en tirez-vous ?

J’ai compris à mes dépends que l’entreprise était parfois sacrifiée au profit des tactiques politiques ! En 1997, avec mes associés et mes collaborateurs, nous avons donné à notre pays son premier succès mondial dans le logiciel en créant Business Objects, dans un secteur dominé jusque-là par des Américains. Eux-mêmes avaient reconnu cette réussite française en nous nommant, en 1996, « Entrepreneurs de l’Année » aux côtés de Steve Jobs et Steven Spielberg dans Business-Week. Ayant atteint l’objectif que je m’étais fixé de prouver que des Français étaient capables de réussir aussi bien que des Américains sur leur terrain, j’ai souhaité prendre du recul pour m’occuper de ma famille, plus importante à mes yeux que la réussite matérielle. J’avais aussi décidé de devenir business angel pour aider des jeunes entrepreneurs français à innover et à créer des emplois en France.

Le ciel m’est alors tombé sur la tête. J’ai été confronté à deux lois terribles mises en place par un gouvernement de droite, celui de Juppé !. La première concernait les charges sociales rétroactives sur les stock-options, qui mettaient l’entreprise que j’avais fondée en risque de faillite. La seconde, le déplafonnement de l’ISF, m’exposait à une faillite personnelle en taxant un patrimoine virtuel qui ne me rapportait rien et fluctuait dans des proportions importantes. Au moment de la bulle internet, le cours de l’action de Business Objects fût multiplié momentanément par près de 20 avant de revenir à un niveau proche de son point de départ. Je me suis donc battu en créant Croissance Plus, avec lequel nous avons réussi à faire modifier la première loi grâce au gouvernement Jospin, mais pas celle sur l’ISF. J’ai alors découvert les deux principales tares du monde politique. Celui-ci est constitué principalement de fonctionnaires, souvent de qualité mais ne connaissant pas l’entreprise. La seconde tare est leur manque de courage pour ne pas déplaire. Pour eux toucher à l’ISF n’aurait pas été compris des français ! Ecoeuré, j’ai préféré quitter la France pendant 10 ans, prendre du recul, revenir et penser à faire évoluer les prises de conscience pour que ce beau pays reste dans le top des pays européens.

Comment apporter ce « plus »au débat  et comment l’animer?

Nous entendons incarner la véritable alternative citoyenne à l’UMPS. Nous ne sommes pas des carriéristes et notre potentiel est considérable car les français attendent autre chose de la politique. Nous sommes crédibles sur l’emploi, l’efficacité et sur la compréhension du monde pour faire entrer la France dans la mondialisation. Nous avons cette capacité à mobiliser sur les réseaux sociaux. Les attentes sont telles que nous répondons à ce que demandent les français. Nous entendons être présents sur les forums de discussion, les médias participatifs. Nous allons au contact des citoyens et dès le 13 novembre prochain nous démarrons un tour de France qui commencera par Rennes, puis Lyon, Lille, Marseille…

Nous allons nommer des ambassadeurs citoyens qui auront pour mission de recruter des adhérents et d’animer des équipes de citoyens locaux. Nous aurons aussi des veilleurs citoyens pour challenger les dirigeants locaux sur leur gestion bonne ou mauvaise et avec cette possibilité de blogguer sur ce qu’ils auront constaté. Nousnommerons des référents par département et par région. En quelques semaines plusieurs milliers de personnes nous ont déjà rejoint.

« Nous citoyens » sera-t-il avant tout un mouvement anti-fiscalité ?

Non, mais en revanche des constats s’imposent. La dépense publique est aujourd’hui hors de contrôle. Le poids de la fiscalité est devenu insupportable et pénalise le pouvoir d’achat des plus fragiles, mais aussi des classes moyennes, J’ai rencontré des familles qui ne disposent que de  20.000 euros par an et qui doivent payer 4.000 euros rien qu’en de taxes locales. De plus, l’impact fiscal n’est que l’une des conséquences graves de ces blocages. Le chômage de masse et l’explosion de la précarité sont une autre conséquence. Les plus fragiles sont les plus touchés.

Combien revendiquez-vous d’adhérents et qui vous finance?

Nous sommes déjà plusieurs milliers et notre  financement  repose sur les cotisations de celles et ceux qui nous rejoignent. J’ai aussi investi personnellement dans ce projet de changement de société.

Auriez-vous envie de conseiller aux jeunes de monter une entreprise compte-tenu des charges qui pèsent sur ce secteur ?

Oui, tout à fait mais en précisant qu’il faut que le monde bouge et il ne faut pas décourager. Par ailleurs le mythe d’un monde meilleur à l’étranger en décourage plus d’un lorsqu’ils sont confrontés aux réglementations très tatillonnes de certains pays.